Madagascar : la jeunesse renverse le pouvoir, l’armée entérine le changement
- Excelsior INFO
- 16 oct. 2025
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L’île rouge s’apprête à tourner une page de son histoire politique. Le colonel Michaël Randrianirina, figure émergente des forces armées, prêtera serment vendredi comme président de la « Refondation de la République de Madagascar ». Cette investiture marque l’aboutissement d’un mouvement inédit, né de la rue et porté par une jeunesse décidée à reprendre la main sur l’avenir du pays.
Tout a commencé fin septembre, avec des sit-in étudiants, des marches citoyennes et une mobilisation numérique sans précédent. Derrière les slogans, un collectif baptisé Gen Z Madagascar, rassemblant des jeunes activistes, blogueurs et syndicalistes, a cristallisé le mécontentement général contre le président Andry Rajoelina. En quelques semaines, la contestation s’est étendue à l’administration, aux enseignants et même à certaines unités de l’armée.
« Nous n’avions plus confiance ni dans les partis politiques, ni dans le gouvernement. Il fallait reprendre notre destin », confie Hanitra, 23 ans, étudiante en sciences politiques à l’université d’Antananarivo.
Le tournant s’est joué lorsque le Capsat, une unité militaire historique déjà impliquée dans le renversement de 2009, a refusé d’obéir aux ordres du palais présidentiel. Le colonel Randrianirina, alors commandant du contingent, s’est publiquement rallié à la jeunesse en marche.
Dans une allocution télévisée, il a déclaré :
« L’armée ne doit pas être un outil de répression. Elle doit protéger la volonté du peuple. »
Cette prise de position a scellé la chute d’Andry Rajoelina, destitué par un vote parlementaire sous pression populaire, avant que les militaires n’annoncent la dissolution du Sénat et de la Haute Cour constitutionnelle.
Le colonel Randrianirina assure vouloir « restaurer l’unité nationale » et organiser des « assises citoyennes » avant toute élection. Sa prestation de serment aura lieu le 17 octobre au Palais d’État d’Ambohidahy, devant la Haute Cour constitutionnelle.
Cependant, de nombreuses voix, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, s’interrogent : ce nouveau pouvoir sera-t-il réellement au service du peuple, ou s’agit-il d’un retour déguisé au pouvoir militaire ?
« Nous soutenons les aspirations légitimes des jeunes Malgaches, mais nous appelons au respect de la démocratie », a réagi un diplomate africain sous couvert d’anonymat.
Dans les rues d’Antananarivo, les visages mêlent fierté et inquiétude. Les manifestants chantent la victoire populaire, mais beaucoup redoutent que l’armée, une fois installée, peine à rendre le pouvoir.
Pour l’heure, la population semble suspendue entre deux émotions : la méfiance née de l’histoire, et l’espoir d’un renouveau national.
« Si les militaires trahissent encore une fois nos rêves, ce sera notre dernière confiance donnée », prévient Rivo, militant du collectif Gen Z.
Léna Keïra




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