Hommage à Me Martin Mberi : un pilier de la vie politique congolaise s’est éteint
- Excelsior INFO
- 26 juin 2025
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Martin Mberi, ancien ministre d'État et secrétaire permanent du Conseil national du dialogue, est décédé le 5 juin à Brazzaville à l’âge de 85 ans. En attendant son inhumation définitive dans son Mouyondzi natal, dans la Bouenza, il a été provisoirement enterré au mausolée Marien-Ngouabi.
À la veille de cette inhumation, une cérémonie solennelle s’est tenue dans la salle de conférences internationales du Palais des congrès de Brazzaville. Les plus hautes autorités nationales, dont le couple présidentiel, y ont pris part pour lui rendre un dernier hommage.
Né le 31 décembre 1940 à vingt kilomètres de Mouyondzi, Martin Mberi a effectué son parcours scolaire entre Brazzaville et plusieurs localités du pays. Il entame ses études primaires à l’école de la mission évangélique suédoise de Poto-Poto, avant de poursuivre au CMI de Mansimou puis à l’école protestante de Moungali, où il décroche son Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) en 1955. Il poursuit sa scolarité au collège de Ngouedi (1956-1960), où il obtient le Brevet élémentaire, puis au lycée Savorgnan-de-Brazza, couronné par un baccalauréat en série philosophie en 1963.
Sa carrière professionnelle débute dans l’enseignement, avec un premier poste en 1964 comme instituteu r à l’école protestante de Poto-Poto. Il se tourne ensuite vers le droit, obtenant en 1973 une licence en droit public, puis complétant sa formation en France, au Centre national des arts et métiers de Paris, où il décroche un diplôme d’études comptables supérieures ainsi que des spécialisations en management des projets et techniques d’organisation, en 1982.
Martin Mberi s’illustre également dans le domaine de l’enseignement supérieur, en tant que chargé de cours en sociologie politique à l’Université Marien-Ngouabi (1972-1974), avant de prendre la tête de l’École nationale d’administration du Congo. Il est ensuite nommé procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Brazzaville (1977), puis devient avocat à la Cour d’appel de cette ville dès 1987.
Engagé très tôt en politique, il milite dès sa jeunesse dans l’Association scolaire du Congo dont il devient président national. À seulement 23 ans, il entre à l’Assemblée nationale comme député du Conseil national de la jeunesse, où il exerce les fonctions de questeur puis de président de la commission des affaires étrangères. Son ascension politique se poursuit jusqu’à la chute du régime en juillet 1968, avec l’arrivée de Marien Ngouabi au pouvoir.
En 1966, il est nommé commissaire du gouvernement dans la région des Plateaux, avec résidence à Djambala. Par la suite, il intègre le Conseil national de la révolution comme responsable de la communication et des médias. Toutefois, à la fin de 1968, il est exclu du Parti congolais du travail (PCT), en même temps que Pascal Lissouba. Il y revient en 1972, y occupant des responsabilités importantes, notamment en tant que directeur de l’école du parti et membre du secrétariat du Comité central, chargé de l’éducation, de la culture, du sport et de la jeunesse.
Le professeur Charles Zacharie Bowao, dans son oraison funèbre, a souligné la fidélité politique de Me Mberi, affirmant « Me Martin Mberi aura ainsi vécu les péripéties de la vie politique congolaise de 1997 jusqu’à son dernier souffle à vos côtés, monsieur le président de la République. Il vous aura accompagné en tant que ministre d’État, dans l’esprit de la Convention pour la paix et la reconstruction du Congo. Notre frère se démarque de nous le temps de l’élection présidentielle de 2002 à laquelle il se fait candidat indépendant ».
Durant la Conférence nationale souveraine, Martin Mberi joue un rôle déterminant aux côtés du président Denis Sassou N’Guesso. « Me Martin Mberi est, au côté du président Denis Sassou N’Guesso, l’un des artisans du déroulement sans heurts de la Conférence nationale souveraine », a rappelé Charles Zacharie Bowao.
À la naissance de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) en 1991, Mberi en devient le porte-parole et le représentant personnel de Pascal Lissouba. L’année suivante, il est nommé ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation. Il assumera plusieurs portefeuilles ministériels jusqu’en 1997. Après la guerre du 5 juin, il revient au gouvernement en qualité de ministre d’État chargé des Transports, de l’Aviation civile, de la Marine marchande, ainsi que de la Construction et de l’Urbanisme.
Sa relation avec le président de la République reste stable et cordiale jusqu’en 2017. Il est nommé le 9 août 2018 secrétaire permanent du Conseil national du dialogue, une institution en accord avec sa vision politique. « De 2002 à 2017, il garde de très bons rapports avec le président de la République. Il est nommé secrétaire permanent du Conseil national du dialogue le 9 août 2018. Un appel du destin de celui qui, de tout temps, prônait le dialogue, avec vous comme seule voie de consolidation de la paix », a indiqué le Pr Bowao.
Par son engagement, son parcours riche et sa rigueur intellectuelle, Me Martin Mberi laisse une empreinte indélébile dans l’histoire politique du Congo. Il s’en va après avoir traversé, influencé et marqué les grandes étapes de la vie nationale congolaise pendant plus de six décennies.
Léna Keïra




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