top of page

Décès de Martin M’beri : fin de parcours pour une figure majeure de l’histoire politique du Congo

 

Martin M’beri est mort ce 5 juin aux environs de  3 heures, à l’âge de 84 ans. Ancien ministre de l’Intérieur, juriste respecté, enseignant et acteur majeur de la vie politique congolaise, il s’est éteint après une longue période de fragilité. Avec lui disparaît une figure historique dont l’engagement aura profondément marqué plus d’un demi-siècle de vie nationale.


Né à l’aube des indépendances, Martin M’beri s’engage très tôt dans les affaires publiques. En 1963, à seulement 22 ans, il devient Premier Vice-président de la Jeunesse du Mouvement National de la Révolution (JMNR) avant d’être élu député, le benjamin de l’Assemblée nationale. Rapidement, il gravit les échelons du pouvoir et devient en 1972 secrétaire du Comité central du PCT, chargé de l’Éducation, de la Culture et du Sport, avec rang de ministre d’État.


Son parcours se distingue par une rare polyvalence. Enseignant de sociologie politique à l’Université Marien Ngouabi (1972-1974), il dirige ensuite l’École Nationale d’Administration (ENAM), avant d’exercer successivement les fonctions de Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Brazzaville (1977), puis d’avocat à la Cour d’appel à partir de 1987.


En 1989, alors que le pays vit encore sous le régime du parti unique, Martin M’beri prend un virage audacieux en fondant la toute première Ligue Congolaise pour la Défense des Droits de l’Homme, qu’il préside. Deux ans plus tard, il joue un rôle décisif lors de la Conférence Nationale Souveraine de 1991, qui ouvre la voie au pluralisme politique. Il cofonde la même année l’Union Panafricaine pour la Démocratie Sociale (UPADS), qui remportera la présidentielle de 1992.


Élu député cette année-là, il entre au gouvernement d’union nationale en 1998, sous la présidence de Denis Sassou-Nguesso, où il occupe d’importants portefeuilles : ministre des Transports, de l’Aviation Civile et de la Marine Marchande, puis ministre de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat. Mais en 2001, en désaccord avec l’orientation politique du pouvoir, il démissionne et rejoint les rangs de l’opposition.


Son combat pour une démocratie renouvelée se poursuit avec la création, en 2005, de l’UPADS-FDR, une branche dissidente de l’UPADS, fidèle selon lui aux idéaux de départ. Plus récemment, il assurait la fonction de Secrétaire Général du Conseil de Dialogue, œuvrant à la médiation politique malgré l’affaiblissement progressif de sa santé.


La disparition de Martin M’beri suscite une vive émotion au sein de la classe politique et de la société civile. Plusieurs voix saluent la mémoire d’un homme d’engagement, de dialogue et de rigueur morale, qui a traversé les régimes sans jamais renier ses convictions.


Les préparatifs de ses funérailles sont en cours. Le Congo pleure l’un de ses grands serviteurs, une figure tutélaire dont l’héritage continuera d’inspirer les générations futures.





Léna Keïra

 
 
 

Commentaires


Copyright © 2024. Excelsior

bottom of page