Tchad : les autorités menacent les journalistes enquêtant sur le massacre de Mandakao
- Excelsior INFO
- 16 juin 2025
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Depuis le samedi 14 juin, les autorités judiciaires du Tchad ont durci le ton face aux enquêtes indépendantes menées par des journalistes ou membres de la société civile autour du massacre de Mandakao. Dans un communiqué publié ce jour-là, le procureur de la République de N'Djamena, Oumar Mahamat Kedelaye, a mis en garde toute personne se rendant sur les lieux du drame sans autorisation préalable. Il évoque des poursuites pour entrave à la justice contre les auteurs d’investigations non encadrées.
Survenu en mai dans le sud-ouest du pays, ce massacre a coûté la vie à 42 personnes, majoritairement des femmes et des enfants de la communauté peule. Le drame, enraciné dans des tensions agro-pastorales entre éleveurs et agriculteurs, continue de susciter une vive émotion au sein de la population et de la presse. Pourtant, alors que certains cherchent à comprendre les causes de cette tragédie, les autorités semblent vouloir verrouiller l’information.
Le climat général au Tchad reste particulièrement hostile aux médias. Déjà, en mars, trois journalistes tchadiens, dont Olivier Mbaindinguim Monodji (correspondant de RFI et directeur du journal Le Pays), ont été arrêtés, accusés de collusion avec le groupe paramilitaire russe Wagner – des allégations jugées sans fondement par la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et Reporters sans frontières (RSF), qui dénoncent une vague de répression contre la presse indépendante.
Le massacre de Mandakao n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans un cycle récurrent de violences entre les communautés peules, souvent éleveurs, et les Ngambayes, majoritairement agriculteurs. D’après l’International Crisis Group, ces affrontements, généralement liés à des litiges fonciers, ont fait plus de 1.000 morts et 2.000 blessés entre 2021 et 2024. Le refus des autorités de permettre des enquêtes indépendantes alimente les soupçons de dissimulation ou de partialité.
Ce drame a également des conséquences politiques majeures. L’opposant Succès Masra, ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle de 2024, a été arrêté en mai pour « incitation à la haine » après avoir critiqué la gestion de la crise par les autorités. Depuis sa victoire dans un scrutin controversé, le président Mahamat Idriss Déby Itno – fils du défunt président Idriss Déby – a renforcé son pouvoir à travers des élections législatives et locales organisées en décembre et boycottées par une large partie de l’opposition.
Alors que le pays fait face à des défis socio-politiques et sécuritaires majeurs, cette volonté de restreindre l’accès à l’information sur une affaire aussi grave pourrait aggraver les tensions. En muselant les médias et en menaçant les voix dissidentes, le gouvernement fragilise davantage l’État de droit dans un Tchad où la liberté de la presse et l’indépendance de la justice semblent chaque jour plus compromises.
Léna Keïra




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