RDC : entre urgence médicale et dérive violente, un procès qui interroge les pratiques hospitalières
- Excelsior INFO
- il y a 3 jours
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À Kinshasa, une affaire impliquant un médecin accusé de violences sur une patiente après son accouchement dépasse désormais le simple cadre judiciaire. Elle soulève des questions profondes sur les conditions de travail dans les hôpitaux et les limites de l’intervention médicale en situation critique.
Le docteur David Balanganayi, jugé en procédure accélérée, a comparu de nouveau devant le tribunal de Kinkole. Au cœur des débats : une vidéo devenue virale, montrant le praticien en train de frapper une jeune femme alors qu’elle subissait des soins post-accouchement sans anesthésie.
Face aux juges, le médecin a tenté de justifier ses gestes en invoquant une situation extrême. Selon lui, la patiente refusait de coopérer dans un contexte où chaque minute comptait. Il a expliqué avoir agi sous pression, dans un établissement dépourvu de moyens essentiels, notamment d’anesthésie.
Submergé par l’émotion au cours de l’audience, il a évoqué un précédent décès maternel survenu peu de temps auparavant, affirmant avoir voulu éviter un nouveau drame. Pour lui, ses actes relevaient davantage d’une tentative désespérée de sauver une vie que d’une volonté de nuire.
Mais cette lecture est loin de faire l’unanimité. Du côté de la famille de la patiente, le récit est tout autre. Les proches décrivent une femme calme et coopérative, et dénoncent une violence injustifiable, d’autant plus dans un moment de grande vulnérabilité.
Les avocats de la victime insistent sur un point clé : même en situation d’urgence, rien ne permet de légitimer des coups portés à une patiente. Ils contestent également l’argument de “danger imminent”, estimant que d’autres alternatives médicales existaient.
Au-delà de la responsabilité individuelle du médecin, cette affaire met en lumière les failles du système hospitalier en République démocratique du Congo : manque d’équipements, pénurie de personnel qualifié et conditions de travail souvent précaires.
Certaines voix appellent à éviter un jugement trop sévère qui pourrait décourager les soignants déjà confrontés à des situations difficiles. D’autres, notamment des organisations de défense des droits des femmes, réclament une sanction exemplaire pour marquer une ligne rouge claire.
Le procès doit se poursuivre avec l’audition de l’État, en tant qu’employeur du praticien, et l’examen des demandes de réparation formulées par la victime. L’issue de cette affaire pourrait faire jurisprudence et redéfinir les limites de l’action médicale en contexte d’urgence.
En attendant, le dossier continue de diviser l’opinion publique, entre compréhension des contraintes du terrain et exigence de respect absolu de l’intégrité des patients.
Léna Keïra




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