Décès de Jesse Jackson : une voix majeure du combat pour l’égalité s’éteint
- Excelsior INFO
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Figure incontournable du mouvement des droits civiques et acteur central de la vie politique américaine pendant plus d’un demi-siècle, le révérend Jesse Jackson est décédé à l’âge de 84 ans. Sa famille a annoncé qu’il s’est éteint paisiblement, sans préciser les causes de sa mort. Avec lui disparaît l’un des derniers grands témoins de l’ère ouverte par Martin Luther King Jr. et prolongée jusqu’à l’avènement de Barack Obama.
Né dans un contexte de ségrégation à Greenville, en Caroline du Sud, Jesse Jackson s’impose très tôt comme un orateur hors pair. Proche collaborateur de Martin Luther King dans les années 1960, il participe aux grandes mobilisations pour les droits civiques. Après l’assassinat du pasteur à Memphis en 1968, il poursuit le combat en élargissant son champ d’action, mêlant revendications sociales, justice raciale et engagement politique.
Son influence dépasse rapidement le cadre militant. À partir des années 1980, il choisit d’investir l’arène électorale.
En 1984 puis en 1988, Jesse Jackson se lance dans la course à l’investiture démocrate. S’il n’obtient pas la nomination face à Michael Dukakis, ses performances électorales marquent un tournant. Il fédère autour du concept de « Rainbow Coalition » une alliance inédite rassemblant minorités, classes populaires, femmes et exclus du système.
Sa percée lors des primaires de 1988, notamment dans des États hors du Sud, provoque un véritable séisme au sein du Parti démocrate. Même battu, il réussit à peser sur les règles internes et contribue à ouvrir davantage le processus aux électeurs issus de la diversité.
Vingt ans plus tard, nombre d’observateurs verront dans son parcours l’un des jalons ayant rendu possible l’élection de Barack Obama à la Maison-Blanche.
Homme d’influence, Jesse Jackson n’a jamais laissé indifférent. Charismatique, infatigable, parfois jugé excessif, il a suscité autant d’adhésion que de critiques. Son tempérament fougueux lui a valu des tensions publiques, y compris avec Barack Obama, qu’il a un temps vertement critiqué avant de reconnaître l’importance historique de son élection en 2008.
Présent à Chicago le soir de la victoire d’Obama, il apparaît en larmes, symbole vivant d’un long chemin parcouru depuis l’époque des marches pour les droits civiques.
L’engagement de Jesse Jackson ne s’est pas limité aux États-Unis. Il a régulièrement pris position sur la scène mondiale, notamment contre l’apartheid en Afrique du Sud. Son soutien aux luttes pour l’égalité et la démocratie lui a valu la reconnaissance de nombreux dirigeants étrangers.
Son message, souvent martelé lors de rassemblements populaires « I am somebody » traduisait sa conviction profonde : redonner dignité et visibilité aux laissés-pour-compte.
Plus qu’un candidat malheureux à la présidence, Jesse Jackson aura été un passeur entre deux époques : celle des combats de rue pour les droits civiques et celle de l’accession d’un Afro-Américain à la présidence des États-Unis.
Son héritage se mesure autant dans les réformes politiques qu’il a inspirées que dans les carrières qu’il a rendues possibles. Défenseur acharné de la justice sociale, tribun passionné et stratège politique, il laisse derrière lui une empreinte profonde dans l’histoire contemporaine américaine.
Léna Keïra




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