Calbo, cofondateur d’Ärsenik, s’éteint à 53 ans
- Excelsior INFO
- 5 janv.
- 2 min de lecture

Le rap français perd l’un de ses bâtisseurs. Calbony Mbani, connu sous le nom de Calbo, est décédé le dimanche 4 janvier 2026 à l’âge de 53 ans.
Cofondateur du groupe Ärsenik avec son frère Lino, il laisse derrière lui une œuvre qui a marqué durablement l’histoire du hip-hop hexagonal, bien au-delà des classements et des chiffres de ventes.
Né de parents d’origine brazza-congolaise, Calbo a grandi à Villiers-le-Bel, dans le Val-d’Oise, un territoire souvent relégué aux marges mais devenu, dans les années 1990, un foyer majeur de créativité rap. Avec Ärsenik, formé en 1992, il fait partie de cette première vague d’artistes qui ont imposé le rap comme une parole sociale légitime, enracinée dans le vécu des quartiers populaires.
Le succès arrive en 1998 avec l’album « Quelques gouttes suffisent », aujourd’hui considéré comme un classique. Calbo y impose un style reconnaissable : une écriture dense, imagée, parfois sombre, toujours précise. Le titre « Boxe avec les mots » devient emblématique de cette approche où le verbe est une arme, un moyen de résistance face aux injustices sociales et aux assignations identitaires.
Loin des artifices, Ärsenik trouve un équilibre rare entre exigence littéraire et résonance populaire, une alchimie saluée par la critique et le public. Le groupe rejoint alors le collectif Secteur Ä, aux côtés de figures majeures comme Passi, Stomy Bugsy ou Doc Gynéco, contribuant à structurer une scène rap alors en pleine affirmation.
En 1999, Calbo participe au projet Bisso na Bisso, collectif réunissant plusieurs artistes d’origine congolaise. Cette aventure musicale marque une étape importante dans la visibilité des héritages africains au sein du rap français, tout en affirmant une fierté culturelle assumée.
Ärsenik publie un second album studio en 2002, « Quelque chose a survécu », avant de se retirer progressivement de la scène. Deux albums seulement, mais une empreinte durable : pour beaucoup, ils résument une époque où le rap français conjuguait radicalité du propos, conscience sociale et ambition artistique.
En 2022, Calbo revient avec un album solo, « Quelques gouttes de plus », accompagné d’une autobiographie du même nom. Il y livre un regard rétrospectif, sans fard, sur plus de vingt ans de carrière : les succès, les désillusions, les combats personnels et les galères trop souvent invisibles derrière la notoriété.
Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages se multiplient dans le monde du rap. Stomy Bugsy a salué un homme de courage et de dignité, tandis que la famille Mbani a appelé au respect et à la retenue dans ce moment de deuil.
Calbo s’en va, mais sa parole demeure. Dans un rap français en perpétuelle mutation, son héritage rappelle que cette musique fut aussi et reste un espace de lutte, de mémoire et d’émancipation.
Léna Keïra




Commentaires